CFP – Les modes de l’archive. Pratiques, conditions et discours autor de l’étude de l’art et la culture

APPEL À CONTRIBUTION

Date limite de soumission des propositions : 31 mai 2022

Langues : anglais, français et espagnol

Dates de l’ atelier international : Universidad Autónoma de Madrid (Madrid, Espagne), 12-13 septembre / Université Grenoble Alpes (Grenoble, France), 15-16 septembre 2022

Description :

L’atelier international de recherche « Les modes de l’archive. Pratiques, conditions et discours autour de l’étude de l’art et de la culture » ouvre un espace de formation doctorale autour de la problématique de l’archive, des sources et du travail de terrain dans la discipline de l’histoire, avec un accent particulier sur l’étude de l’art contemporain et de la culture visuelle.

À cette fin, l’atelier est divisé en différentes sessions théoriques et pratiques, ainsi qu’une série de visites d’archives et de centres de documentation en Espagne et en France. L’objectif de cet espace pédagogique est de proposer une approche critique et transversale des questions intrinsèques et actuelles liées au dispositif archivistique et à ses pratiques associées, avec des contributions d’experts internationaux. En définitive, l’originalité de cet atelier de recherche réside dans sa vocation de dialogue, puisqu’il réunira des doctorant·e·s et des chercheurs·euses confirmé·e·s, générant un espace d’échange qui enrichira leurs recherches en cours.

Contenu :

L’utilisation de l’archive comme matière première du récit historique est un problème théorique et pratique de longue date. Sa qualité anachronique, en tant que dépôt de sédiments du passé lus à la lumière du présent, l’a investi d’un intérêt constant: il s’est révélé être un dispositif historiquement situé, inscrit dans des structures sociales, politiques et économiques concrètes. Dans le même temps, différentes voix ont considéré comment les archives pouvaient permettre des interventions critiques au sein de ces mêmes structures. Au cours des dernières décennies, cette perspective s’est cristallisée autour d’une multitude de discours, de pratiques et d’espaces critiques autour du dispositif archivistique, qui cherchent à explorer sa capacité à interrompre les conditions hégémoniques d’énonciation de l’histoire et à faire émerger d’autres formes d’expérience qui ont été enterrées par le canon historique. Dans ce contexte, l’objectif de cet Atelier International de Recherche Doctorale est d’approfondir les débats actuels autour de l’archive, ceux qui émergent de cette tension ou interaction entre les modes consolidés de connaissance historique et leurs contrepoints critiques. L’atelier international sera articulé autour de quatre axes, au sein desquels différentes lignes de travail/questions seront explorées :

Axe 1 – Histoires potentielles (Universidad Autónoma de Madrid)

Session guidée par Shaheen Merali (artiste, chercheur et conservateur indépendant).

L’axe 1 part de la notion d’  « histoire potentielle » formulée par Ariella Azoulay (2019), qui fait allusion à la possibilité historique non réalisée mais encore latente dans les contextes coloniaux et postcoloniaux. Il abordera le rôle des archives dans les systèmes d’information et de connaissance qui ont accompagné le projet colonial moderne (Richards, 1993). Nous travaillerons sur l’empreinte de l’impérialisme sur les processus de production de la connaissance historique, ainsi que sur le cadre des possibilités de re-signification et de contestation de ces coordonnées à partir du présent de notre recherche. 

Les lignes suivantes sont proposées pour cet axe :

-Est-il possible de retrouver la mémoire des musées coloniaux et d’aborder, en même temps, une réparation historique urgente ? Positions éthiques et politiques sur l’utilisation des archives d’État et autres, résultat de siècles de domination coloniale, dans la recherche historique.

-Comment aborder les « archives mineures » ou archives de la dépossession (Artières, 2006) ? Stratégies de réactivation d’archives oubliées, négligées ou dénigrées par l’historiographie traditionnelle ou la négligence institutionnelle ; manières de construire un projet de recherche à partir de ces archives.

-Est-il possible de formuler une historiographie transnationale, et comment les archives permettent-elles de la construire ? Conditions d’énonciation, de pouvoir et de distribution du travail intellectuel ; possibilités pratiques et épistémologiques pour la création d’un paradigme historique transnational qui dépasse les structures coloniales.

Axe 2 – Les publics de l’archive (Universidad Autónoma de Madrid)

Session guidée par Fernanda Carvajal (Universidad de Buenos Aires).

L’axe 2s’interroge sur le rôle des archives dans la préservation et la recherche de la mémoire des communautés et des collectifs habituellement oubliés par les histoires officielles. Dans la lignée des débats et redéfinitions du concept de «  publics », cette manière critique de penser les archives implique également une remise en question du concept même de public et une réflexion sur la collaboration et la participation des communautés dans la préservation et la relecture de leur propre mémoire (Dannaiau 2013).  

– Quels sont les processus de création des archives communautaires ? Expériences alternatives de gestion et de formation des archives ; travail avec des archives « vivantes », en constante modification par les communautés qui les génèrent ; implications éthiques du travail avec les archives communautaires.

– Comment la notion d’ « autorité » du système archivistique influe-t-elle sur notre recherche, et comment celle d’ « autorité partagée » (Frisch, 1990) influe-t-elle sur notre recherche ? Les moyens de faire face à la « rigueur » imposée dans les différentes disciplines historiques lorsqu’on travaille avec des archives communautaires ; le problème des questions juridiques dans le dépôt et la conservation des archives dans les institutions publiques et privées.

– Comment une archive est-elle socialisée ? Expériences autour de l’activation des archives dans le présent ; questions et problèmes de médiation dans les musées et autres institutions culturelles ; défis et possibilités de conservation lors du travail avec des archives communautaires.

Axe 3 – Travail de terrain (Université Grenoble Alpes)

Session dirigée par Vinicius Spricigo (Universidade Federal de São Paulo).

L’ axe 3 vise à réfléchir à l’aspect pratique du travail de documentation, qui est également éthique et politique. Cet axe explorera les manières de travailler dans les archives des institutions historiques et artistiques  qui sont actuellement en vigueur, et comment celles-ci sont en dialogue avec ou ont été transformées par les outils proposés par « l’histoire d’en bas » et la théorie décoloniale. Dans ce sens, nous nous interrogerons également sur les possibilités d’enregistrement, de reproduction et d’accès, et sur l’importance d’organiser les méthodologies de travail selon des critères de vérité, de justice et/ou de réparation, sans renoncer à la créativité intrinsèque au processus de recherche historique.

– Comment définir l’archive ou le corpus documentaire de notre recherche ? Comment et pourquoi choisir une archive ? Stratégies pour concevoir, élargir ou reformuler le corpus documentaire d’un projet de recherche ; processus de création de ce corpus.

– Comment nos recherches interagissent-elles, ont-elles un impact ou transforment-elles les archives existantes ? Dialogue et travail collectif avec les archivistes et les communautés archivistiques ; interactions et dialogues avec l’histoire orale ; impact de la diffusion et du transfert de la recherche sur la formation des archives.

– Quels outils pouvons-nous utiliser lorsque nous travaillons dans ces archives ? Le rôle de la photographie, des notes, des enregistrements et leurs utilisations dans la recherche historique ; l’utilisation des nouvelles technologies par le travail de terrain (humanités numériques, logiciels d’enregistrement et bases de données).

Axe 4 – Archives et matérialité (Université Grenoble Alpes)

Session dirigée par Beatriz Tadeo Fuica (Université Paris III-Sorbonne Nouvelle).

L’axe 4 traitera de la manière de faire face à la fragilité des sources et/ou à la difficulté d’y accéder, en insistant sur la triple dimension matérielle qui accompagne la recherche en archives : d’une part, la matérialité même du document, sa conservation et/ou sa fragilité ; d’autre part, les ressources dont disposent les institutions d’archives elles-mêmes, leurs conditions d’accès et d’utilisation ; enfin, les conditions matérielles du chercheur lui-même / de la chercheuse elle- même  pour mener à bien sa recherche. Dans ce sens, un regard transnational et décolonial sur l’institution archivistique sera mobilisé, contrastant et mettant en tension les conditions d’énonciation des archives du Nord et du Sud global.

– Que faire face aux difficultés d’accès aux fonds d’archives indispensables à notre thèse de doctorat ? Dispersion géographique, surabondance virtuelle, inaccessibilité, fonds non catalogués, lacunes dans la documentation, sources manquantes ou perdues.

– Comment la transformation technologique et la numérisation des archives institutionnelles ont-elles affecté l’accessibilité des fonds ? Le problème des technologies archivistiques et de leur dématérialisation ; conséquences et possibilités des nouvelles technologies dans le travail de documentation.

– Comment faire face à des corpus insaisissables ou peu systématisés ou préservés ; comment faire face à des productions à petit budget, à des pièces uniques, indépendantes ou amateurs ? Le rôle des copies et des reproductions et leur circulation ; les stratégies d’incorporation ou de témoignage de la fragilité ou de la condition insaisissable de ces images dans une communication académique.

Méthodologie :

Chaque journée de l’atelier international portera sur l’un des axes proposés et s’articulera en trois parties : une session de discussion, un atelier de lecture et une visite d’un centre d’archives ou de documentation.

La session de discussion débutera chaque jour par une présentation du chercheur invité, suivie des communications des chercheurs doctorants affectés à l’axe en question. Elle sera suivie de l’atelier de lecture, au cours duquel les questions et les problèmes soulevés lors de la session de discussion seront explorés et discutés à travers une série de textes proposés. Chaque après-midi, chaque axe se terminera par la visite d’un centre d’archives ou de recherche qui constitue un cas pratique des notions abordées. Ce schéma sera répété pendant chacun des quatre jours de l’atelier.

Conditions de participation et informations pratiques :

Cet atelier international comprend plusieurs modalités de participation : il sera possible de participer aux deux journées organisées à Madrid, aux deux journées organisées à Grenoble ou à l’ensemble de l’atelier.

Les propositions seront acceptées de chercheurs travaillant sur leur thèse de doctorat dans des disciplines telles que l’histoire, l’histoire de l’art, les études culturelles et visuelles, les beaux-arts, l’anthropologie culturelle et d’autres disciplines connexes. Les candidats seront invités à soumettre leur proposition à l’un des quatre axes de l’atelier et la présenteront lors de la deuxième partie des sessions de discussion.

Les candidatures doivent être adressées à l’un des axes de l’atelier (1. Histoires potentielles, 2. Les publics des archives, 3. Travaux de terrain, 4. Archives et matérialité), incluant un résumé de 300 mots et une note biographique.

Les demandes doivent être faites à l’aide du formulaire.

Date limite de soumission des propositions : 31 mai 2022

Courriel de contact : waysofarchiving@gmail.com

L’inscription, la participation et les activités prévues au programme de l’atelier sont gratuites ; les frais de voyage et d’hébergement sont à la charge des participants.

Organisation du atelier: Paula Barreiro López (Université Grenoble Alpes), Alejandra Crescentino (UAM), Inés Molina (UAM), Anita Orzes (UGA/UB), Mónica Salcedo (UAM) y Lola Visglerio Gómez (UAM). 

Comité scientifique: Paula Barreiro López (Université Grenoble Alpes), Juliane Debeusscher (Centre Allemand d’Histoire de l’Art, París), Noemí de Haro (Universidad Autónoma de Madrid), Patricia Mayayo (Universidad Autónoma de Madrid), Alejandra Crescentino (Universidad Autónoma de Madrid), Inés Molina (Universidad Autónoma de Madrid), Anita Orzes (Université Grenoble Alpes / Universidad de Barcelona), Mónica Salcedo (Universidad Autónoma de Madrid), Lola Visglerio Gómez (Universidad Autónoma de Madrid).

Cet atelier international est le fruit d’une collaboration entre l’Universidad Autónoma de Madrid et l’Université Grenoble Alpes. Elle est organisée dans le cadre du projet de recherche “os públicos del arte y la cultura visual contemporáneas en España. Nuevas formas de experiencia artística colectiva desde los años sesenta” (PID2019-105800GB-I00), les activités scientifiques du Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes (LARHRA) de l’Université Grenoble Alpes et la plateforme internationale Modernidad(s) Descentralizada(s).

 Image: Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Postcards of war, 1997-2006, part 2 of Wonder Beirut project, ink on paper, 10×15 cm.